nouvelles

 vendredi 12 Mars 2010

Le manque d'un centre hospitalier spécialisé renforce le phénomène de la maladie mentale dans les  grandes villes du Cameroun ! villes.

 Les petits carrefours des villes du Cameroun sont des lieux de repère des malades mentaux.  Ils sont à ces endroits à longueur de journée, sous les intempéries. Des temps, les  malades mentaux de leurs états, fréquentent les voies souvent encombrées, sans discontinue, pour étaler leurs nudités.

Partout dans les villes du  Cameroun, vit la même ambiance, où le nombre de malades mentaux s'accroît au fil des jours. On les compte par centaine. La plupart sont des jeunes. Ils montent et descendent sans destination précise. Sans se rendre compte de leur état. Sans savoir si le temps passe ou pas.  

Parfois ces malades ne sont pas agressives. Pour Rita  la trentaine dépassée, sillonne les rues de N’Gaoundéré depuis des années. Selon des témoignages, cette dernière a marqué son temps. Elle était une fille joie. C'était difficile d'imaginer qu'elle pouvait, un matin, avoir des troubles mentaux.  

 Mauvais sort.

Elles sont nombreuses, ces personnes malades qui choisissent, des carrefours pour s'attaquer aux usagers de la route. Elles sont nerveuses et agressives. Elles  sont agressives dès lors qu’elles sont provoquées et méprisées.

 Le phénomène a pris une grande proportion, les malades mentaux sont d’un nombre important qu’il soit urgent d’envisager une intervention communautaire. De ces faits, il y a une certaine déliquescence dans l'encadrement de nos malades, qu'il s'agisse des Personnes Agées ou de  Personnes Handicapées. Par le passé, chaque famille s'occupait de son malade et on ne trouvait guère de malades mentaux dans les rues. Nous côtoyons quotidiennement des femmes malades mentales qui trainent à longueur de journées leurs enfants. Il est important que la société prenne en main leurs membres aujourd’hui en difficulté.

Sectes.

 Dans  toutes  les artères des villes ces malades trainent leurs nudités armés d’un fardeau ‘’des objets ramassés à leur passage’’  ils se nourrissent dans des poubelles.   De nombreuses sources justifient pour certains d’entre eux les troubles psychiques dont ils manifestent, les pratiques de sorcellerie et l'appât du gain facile. Et les conséquences sont presque toujours les mêmes, la mort ou la folie.

La médecine moderne, elle, perçoit différemment le problème, reste à déplorer le manque des structures hospitalières spécialisées.

 

malade mental traversant une rue de Ngaoundéré
malade mental traversant une rue de Ngaoundéré

Dimanche 14 mars 2010 


NATURE ET ORIGINES DE LA FOLIE

De toutes les infortunes humaines, la folie est celle dont le spectacle cause le plus de trouble, parce qu’elle atteint en même temps ce qu’il y a de plus noble, de plus précieux et de plus mystérieux en nous. Aussi a-t-elle, suivant les peuples, les époques et les croyances, inspiré les sentiments les plus divers un respect pieux, une crainte superstitieuse, l’aversion, le mépris. Dans les temps anciens, en effet, le fou était regardé tantôt comme un inspiré des Dieux, tantôt comme une victime de leur colère vengeresse. Au moyen âge et dans les temps modernes, on le considérait comme un être impur, un possédé du démon ; naguère encore, certaine école médicale et philosophique ne voyait-elle pas en lui un pécheur expiant ses fautes par la perte de sa liberté morale ? Même à l’heure actuelle, il s’en faut que la folie soit universellement considérée sous son vrai jour, et bien que cette idée fasse dans l’esprit public des progrès de plus en plus sensibles, il est peu de gens qui soient disposés à ne voir dans les troubles de la raison qu’un état de souffrance, et dans le fou qu’un être digne de compassion et de pitié.

Si cette vérité, que la folie est une maladie, n’a jamais lui au grand jour, elle a cependant été reconnue dès les temps les plus reculés, et n’a jamais subi d’éclipse totale. « C’est par le cerveau que nous pensons, que nous jouissons, que nous souffrons, disait déjà Hippocrate [1] ; c’est aussi par le cerveau que nous sommes fous, que nous délirons. » Et il donne une bonne description de certaines maladies mentales. Dans la suite des temps, Asclépiade, Celse, Arétée, Coelius Aurelianus, Galien, décrivent, avec une exactitude croissante, les diverses formes de la folie. Puis la marche en avant s’arrête ; pendant de nombreux siècles, la science est immobilisée par la barbarie ; l’ignorance et les préjugés religieux finissent par obscurcir même les notions les plus classiques, à ce point qu’un esprit comme Ambroise Paré [2] en arrive à ajouter foi à l’origine surnaturelle de la folie.

Avec l’ère moderne, la science reprend ses droits et à la fin du XVIIIe siècle, Pinel jetait les bases de la médecine mentale actuelle dont les progrès, depuis lors, ne se comptent plus. Nous aurons plus d’une fois à citer, dans ce livre, les noms des savants qui ont contribué à cette oeuvre d’édification et de perfectionnement, oeuvre loin d’être achevée, à coup sûr, mais dont les proportions sont déjà imposantes, et qui mériterait d’être moins ignorée.

Disons seulement que, grâce à eux, c’est désormais un point hors de doute que la folie est un trouble survenu dans les fonctions de l’organe cérébral. Et comme ce trouble ne peut être ordinairement rattaché à des lésions définies de la substance du cerveau, on a été conduit à lui donner une place dans une grande famille pathologique qui comprend les désordres fonctionnels de tous les modes d’activité du système nerveux : la famille des névroses.

Aucun des caractères des névroses ne manque à la folie. Le principal, l’absence de lésion appréciable à nos moyens d’investigation, est, comme nous venons de le dire, le plus constant. Il est caractéristique de la folie essentielle. Mais, de même qu’on voit des névralgies, des spasmes, des convulsions se développer sous l’influence ou à l’occasion de lésions palpables du système nerveux, de même nous voyons des désordres de l’intelligence être subordonnés directement ou indirectement à des lésions qui atteignent le système nerveux central soit dans la substance propre, soit dans ses parties accessoires. C’est ainsi que certaines folies sont liées à la congestion, à l’anémie, à la dégénérescence, graisseuse ou scléreuse des vaisseaux cérébraux ; aux modifications produites dans l’élément nerveux lui-même par une intoxication comme l’alcoolisme ; à l’irritation des méninges ; à l’inflammation du tissu interstitiel qui sert de support aux cellules et aux tubes nerveux ; à un choc, ou encore à la compression produite par une tumeur intracrânienne. Mais la folie née dans ces conditions n’a qu’une existence contingente : toutes les lésions que nous venons de passer en revue peuvent se développer sans qu’aucun symptôme de folie vienne en révéler l’existence.

Comme les autres névroses, la folie peut éclore sous l’influence d’une irritation sympathique ayant sont point de départ dans un organe éloigné. Il suffira, à ce sujet, de rappeler les troubles intellectuels occasionnés par la présence de vers intestinaux dans le tube digestif, ou ceux qui sont liés aux maladies du ventre, du coeur ou des organes de la génération. Ce fait, bien constaté quoique rare, que la folie peut se développer par une simple action réflexe ayant son origine dans un point quelconque du système nerveux, est une des preuves les plus palpables de sa nature névrosique.

Comme les névroses encore, la folie est tantôt fixe et tenace dans sa forme, et tantôt affecte une symptomatologie variable, polymorphe, protéiforme. On a décrit diverses formes mentales simples, et bien délimitées, mais elles ne se rencontrent pas toujours à l’état de pureté et on les voit souvent se succéder, se remplacer ou se combiner chez le même individu sans règle précise. On sait avec quelle facilité certaines névroses prennent une allure erratique, se transportent d’une partie du corps dans une autre, se remplacent mutuellement ou se succèdent les unes aux autres. Bien névrose en cela, la folie se comporte de même : certains délires intermittents alternent avec l’asthme, avec l’épilepsie, avec les diverses manifestations de l’hystérie. Ces deux dernières maladies, la chorée, la paralysie agitante, le goitre exophtalmique, s’accompagnent souvent de troubles intellectuels bien caractérisés. Certaines folies affectives sont accompagnées d’une anesthésie cutanée généralisée, et l’on voit ces deux processus évoluer d’une façon rigoureusement parallèle.

Comme les névroses, la folie peut ne constituer qu’un accident dans le cours de l’existence, ou être l’expression d’une disposition constitutionnelle. Dans ce cas, elle revêt absolument le caractère des maladies constitutionnelles et en prend les allures : périodicité, intermittence, rémittence, ou marche continue avec paroxysmes.

Jusque dans ses causes, la folie se confond avec les névroses. Comme dans ces dernières, les causes occasionnelles ne jouent, dans le développement des maladies mentales, qu’un rôle secondaire et effacé. Tout d’abord on se sent porté à leur accorder une action prépondérante, mais l’analyse et la réflexion ne tardent pas à modifier complètement les idées sur ce point et à faire ressortir l’importance d’une autre cause, celle-là primordiale : la prédisposition. Les cerveaux mal équilibrés sont les seuls à succomber sous l’influence des perturbations organiques, sous le choc des passions violentes et des émotions ; les bien doués résistent. Depuis Moreau (de Tours), tous les auteurs ont remarqué qu’il fallait être prédisposé pour subir les atteintes de la folie alcoolique. Depuis Marcé [3] tout le monde a reconnu que la folie de la grossesse, des suites de couches et de la lactation était le résultat d’une prédisposition du même genre.

Cette prédisposition, c’est l’hérédité. Pendant longtemps, l’hérédité n’a pas été considérée selon son importance ; on ne reconnaissait ni la prééminence à laquelle elle a droit, ni l’étendue de son domaine. La limitant aux transmissions directes et similaires, on ne la constatait que dans des cas rares et exceptionnels. Mais après les travaux de Lucas [4] de Moreau (de Tours), et, surtout de Morel [5], il fallut reconnaître que l’hérédité directe et similaire n’est qu’une des formes, et la plus rare, de l’hérédité ; on en arriva à admettre, en particulier, l’hérédité de transformation, ou en d’autres termes, on reconnut que ce qui est héréditaire dans une maladie, ce n’est pas la maladie elle-même, mais une tendance morbide qui, en se transmettant par la génération, pourra se traduire chez les descendants par des manifestations de formes différentes, quoique de la même famille.

En somme donc, les maladies nerveuses sont, au point de vue de l’hérédité, toutes solidaires les unes des autres. La folie peut avoir pour point de départ les autres maladies nerveuses, et à son tour, elle est susceptible de les engendrer par hérédité.

« Les différentes névroses, dit Morel, depuis ce que l’on est convenu d’appeler exagération du tempérament nerveux, excitabilité nerveuse, jusqu’à la folie proprement dite, constituent une famille dont les produits pathologiques divers ont des rapports directs, des affinités intimes avec leurs causes génératrices. »

Moreau a démontré les rapports de la folie avec les convulsions, l’hystérie, l’idiotie, l’épilepsie, le strabisme, les paralysies, les névralgies, les fièvres cérébrales, l’apoplexie, l’excentricité, les tics, le bégaiement, l’asthme, la surdité.

Tous les aliénistes ont, depuis, confirmé ces vues et ont surtout insisté sur la coïncidence si fréquente et si manifeste de la folie avec les grandes névroses, l’épilepsie et l’hystérie.

Divers auteurs rappellent que la chorée affecte des rapports étroits avec l’épilepsie, l’hystérie et l’aliénation mentale.

D’autres ont établi l’existence des mêmes relations entre cette maladie et la paralysie agitante, le tremblement sénile, le goitre exophtalmique, la migraine ; maladies qui s’accompagnent fréquemment elles-mêmes de troubles intellectuels. Enfin il n’est pas jusqu’à certaines maladies organiques du système nerveux, comme l’ataxie locomotrice, qui n’offrent de nombreux rapports avec les psychoses.

Cependant, dans la grande famille, celles-ci méritent d’être considérées comme formant un groupe à part. Quand l’hérédité psychopathique en est arrivée à se constituer fortement, elle rejette au second plan les autres formes de l’hérédité névropathique et prédomine d’une façon presque exclusive. Le germe spécial subit alors une évolution, que nous étudierons plus loin.

Mais l’étude biologique des familles névropathiques n’a pas seulement eu pour résultat de démontrer que les névroses et la folie étaient dans l’immense majorité des cas dues à une prédisposition héréditaire ; elle a prouvé quelque chose de plus, à savoir qu’il existe entre elles et les diverses autres maladies chroniques héréditaires des relations de marche et d’évolution, ainsi que de véritables parentés morbides.

Déjà Moreau (de Tours) avait fait ressortir la coïncidence fréquente, dans les familles, des névroses cérébrales avec la scrofule, la phtisie et le rachitisme. « Aliénés, idiots, scrofuleux, rachitiques, dit-il, en vertu de leur commune origine, de certains caractères physiques et moraux, doivent être considérés comme les enfants d’une même famille, les rameaux divers d’un même tronc. [6] »

Morel, qui trouvait ces idées excessives, était pourtant obligé de reconnaître que la phtisie, la scrofule, le rhumatisme et de nombreuses autres affections, pouvaient, par leurs transformations diverses, créer des tempéraments plus disposés que d’autres à contracter les troubles de l’esprit [7].

Lasègue, dans son étude sur les cérébraux [8], note l’analogie d’évolution des affections cérébrales et des autres maladies chroniques. « Il est de fait acquis, dit-il, qu’un grand nombre de maladies encéphaliques obéissent à une évolution confuse, tantôt avançant par un progrès continu, tantôt, et c’est le cas le plus commun, suspendant leur marche pour la reprendre après une intermission indéfiniment longue. En procédant ainsi, elles se conforment à la loi des états diathésiques comme la goutte, le rhumatisme, la syphilis. Bien que cette permanence tantôt passive, tantôt active, ne s’explique pas par des hypothèses chimiques, elle n’en est pas moins assurée. » II est probable que c’est précisément cette impossibilité d’expliquer l’existence de la folie constitutionnelle par les hypothèses ayant cours en pathologie générale, qui a empêché jusqu’ici qu’on la mette au rang des maladies diathésiques dont elle a tous les caractères.

Bouchard constate la parenté héréditaire de la gravelle et de l’aliénation, et des autres perversions nerveuses héréditaires. Il rappelle que Cazalis a vu la folie et la gravelle alterner dans la même famille : le diabète donne lieu aux mêmes observations que la gravelle. Pour lui, les relations héréditaires du diabète avec les maladies nerveuses, surtout avec l’aliénation mentale et l’épilepsie ne sont pas douteuses. « Les rapports héréditaires du diabète avec l’aliénation ont en effet été mis en lumière par Leegen ; Zimmer, Shmidtz, Westphal. L’existence de l’épilepsie dans la famille des diabétiques a été également notée par Langiewicz, Griesinger, Lockart-Clarke. [9] »

La gravelle, le diabète, ont des liens très étroits de parenté avec ce qu’on a appelé les maladies arthritiques : rhumatisme, goutte et leurs dérivés ; surtout avec la goutte. Le rhumatisme, la goutte, le diabète alternent, dans les familles, avec l’aliénation mentale. Ces maladies sont elles-mêmes souvent accompagnées de troubles nerveux et en particulier de troubles de l’intelligence. Pinel, Michéa, Leuret, Berthier ont cité des cas d’hypocondrie et de mélancolie rhumatismales. Berthier a réuni vingt-six cas de folie goutteuse [10]. Les affinités de ces maladies constitutionnelles avec les névropathies sont si nombreuses que Duckworth a cherché à démontrer que la goutte et le diabète n’étaient rien autre chose que des maladies du système nerveux [11]. Si sa thèse ne peut, dans l’état actuel de la science, être admise d’une façon absolue, il n’en reste pas moins démontré qu’il y a des rapports étroits entre l’Arthritisme et les névropathies. II est même un terrain sur lequel elles se confondent : c’est celui de la neurasthénie, cet état d’instabilité et de déséquilibration nerveuse qui n’est pas encore la maladie, qui n’est plus la santé, d’où tirent leur source les névroses plus graves et la folie, et qu’on est presque universellement convenu aujourd’hui de rattacher à l’arthritisme [12].

Il est un autre point de commun entre toutes ces maladies chroniques, et constitutionnelles, c’est que, vraisemblablement, elles dérivent toutes d’une tendance primordiale de l’organisme à une nutrition défectueuse. « Le trouble nutritif, dit le professeur Bouchard, est la phase préparatoire, la prédisposition, la diathèse qui va quelque jour provoquer un état soudain et se révéler par ce qu’on appelle la maladie spontanée. II est tel trouble nutritif dont la maladie aiguë n’est qu’un accident paroxystique qui tend à rendre momentanément à l’organisme l’activité normale des métamorphoses de la matière. Tel autre trouble nutritif s’empare de l’homme pour toute la durée de son existence, et quand il produit la maladie, il impose à cette maladie la chronicité à la façon de toutes les causes permanentes. »

Suivant que le trouble nutritif se spécialise et se fixe sur une fonction, un organe ou un système, il produit des différentiations morbides qui aboutissent aux diverses maladies chroniques, et peut alors se transmettre par l’hérédité. Suivant le hasard heureux ou malheureux des unions, il pourra s’atténuer, s’effacer ou s’aggraver et conduire les descendants aux derniers degrés de la dégénérescence.

Si maintenant nous nous renfermons dans le domaine particulier des névroses, ces notions trouvent leur complète application. Certains auteurs, en effet, soutiennent que l’hérédité névropathique doit être rattachée à des arrêts de développement qui frappent les éléments anatomiques dans telle ou telle partie du système nerveux et leur conservent des caractères embryonnaires. C’est ce qui expliquerait, selon Arndt [13] la manière d’être des névropathes, leur excitabilité très accentuée suivie d’un épuisement rapide, manière d’être qui se rapproche de ce que l’on observe chez les enfants. Schultze et Pick prétendent avoir trouvé des arrêts de développement du même genre chez les aliénés. Ainsi l’anatomie pathologique tend à confirmer de plus en plus les données de la clinique, et à démontrer que les affections nerveuses et en particulier les diverses formes de la folie proviennent pour la plupart d’une déchéance de l’organisme et ne sont autre chose que le résultat de la dégénérescence de l’individu [14].

Alexandre Cullerre

Nature et origine de la folie

Les frontières de la folie (Ch. I, §. I)